Duel littéraire sur le génocide rwandais de 1994: “la Traversée’ versus” et “l’Eloge du sang”

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Deux livres s’opposent frontalement sur le génocide rwandais de 1994 : “La Traversée”, un livre qui entend démonter la thèse du second génocide rwandais, du journaliste, Patrick de Saint-Exupéry. Et “In Praise of Blood: The Crimes of the Rwandan Patriotic Front)” de Judi Rever, la bête noire du régime FPR de Kagamé, qui développe la thèse du “double génocide “. Etat des lieux de l’impossible débat.

Luc Michel

Le premier débat de 2018

La première guerre des livres en 2018 opposait ” Rwanda la fin du silence ” contre  ” In praise of blood ” …

Le géopoliticien Luc MICHEL analysait la guerre médiatique intense ouverte contre le livre du Lieutenant-colonel Ancel. Et la confrontation avec le contre-livre ” In praise of blood » défendant la thèse de Paris contre Kigali, au cœur de la campagne de déstabilisation de Ancel.

Dans son livre “Rwanda, la fin du silence”, l’ex-officier français Guillaume Ancel revenait sur les menaces qu’il avait reçues depuis qu’il avait rompu l’omerta sur le rôle de la France durant le génocide rwandais: « Nous avons dû, comme militaires, affronter l’opprobre et les accusations à notre retour. Des journalistes, ont vu en nous les protecteurs des génocidaires hutus. Mais la réalité sur le terrain n’était pas celle-là. On nous a plongés dans un chaos dont les fils remontaient jusqu’à Paris, jusqu’à l’Elysée. Les démêler est un devoir » avait déclaré l’auteur.

Le plus souvent dissimulé par Kigali, le génocide burundais de 1972 ne doit pas être oublié pour comprendre. Le 29 avril 1972 est la date repère du génocide de 1972 contre les Hutu au Burundi.

Luc MICHEL, analyste politique et ressortissant de la Belgique, rappelle l’histoire récente et l’actualité dans les anciennes colonies belges des Grands-Lacs.

Au journal radiodiffusé de la mi-journée du 29/4/1972 le pouvoir de Bujumbura, par simple communiqué, est annoncée la démission du gouvernement et la nomination de gouverneurs de province militaires. Des violences ont débuté le même jour au soir et à l’échelle nationale. D’aucuns pensent que 1972 est à situer sur la longue liste des violences meurtrières perpétrées depuis l’accession des Bahima dans les arcanes du pouvoir politique vers le début des années 60. Les restes humains en exhumation actuellement sont une preuve suffisante de la réalité du génocide commis contre les Bahutu du Burundi. Les Nations Unies préconisent « qu’aucun développement durable n’est envisageable au sein d’une communauté qui a connu le génocide et n’y a pas trouvé solution ». Les responsabilités du colonialisme belge et celles du lobby néo-colonial belge aujourd’hui sont écrasantes (Certains parlent de ” Françafrique à la Belge dans les Grands-Lacs “) sont écrasantes…

 “La traversée – une odyssée au cœur de l’Afrique”, de Patrick de Saint-Exupéry

Dans “La Traversée”, le journaliste Patrick de Saint-Exupéry cherche à démonter la thèse d’un deuxième génocide en RD Congo, après celui de 1994 contre les Tutsis du Rwanda. Un livre qui donne le sentiment de minimiser l’étendue des massacres commis en RD Congo.

La plume est alerte. Le récit, captivant. La presse, dithyrambique. Mais, même si l’on partage sa conclusion, le dernier livre de Patrick de Saint-Exupéry, paru le 4 mars, est aussi problématique. Il faut dire que le dossier est complexe et sensible. Dans “La Traversée – Une odyssée au cœur de l’Afrique” (éditions Les Arènes) le grand reporter cherche à savoir « ce qu’il s’est passé en RD Congo dans les mois et années qui ont suivi le génocide des Tutsis au Rwanda ». Les génocidaires hutus s’étaient enfuis au Congo voisin (alors appelé Zaïre). À partir de 1996, le nouvel homme fort rwandais, Paul Kagame, envoie des hommes soutenir la rébellion congolaise de Laurent-Désiré Kabila. L’objectif : faire tomber le président congolais Mobutu Sese Seko au pouvoir depuis plus de trente ans. Et se débarrasser des génocidaires hutus que Mobutu a accueillis à bras ouverts.

“La construction du second genocide rwandais”

Mais comme l’a rapporté l’ONU, les rebelles et leurs alliés rwandais ne tuent pas seulement des génocidaires, mais aussi des civils hutus, des femmes et des enfants.

Plus de vingt ans après les faits, le journaliste décide de refaire le parcours des réfugiés hutus qui ont fui le Rwanda après le génocide et se sont enfoncés de plus en plus vers l’ouest, dans l’immense forêt équatoriale congolaise. Il veut montrer que ceux qui évoquent un deuxième génocide ont tort. Il pense en particulier à Hubert Védrine, secrétaire général de l’Élysée en 1994, qui ne cesse depuis d’évoquer cette thèse. Le rôle trouble de la France à l’époque, trop proche du pouvoir hutu, est désormais bien connu et documenté – notamment grâce à d’autres livres de Patrick de Saint-Exupéry.

Débat : le rapport de l’ONU “biaise” ?

En 2010, l’ONU a publié le RAPPORT MAPPING sur les crimes les plus graves commis en RD Congo entre 1993 et 2003. Pas moins de 617 événements sont répertoriés, 1 280 témoins sont interrogés. Le rapport stipule que « les attaques en apparence systématiques et généralisées décrites dans le présent rapport révèlent plusieurs éléments accablants qui, s’ils sont prouvés devant un tribunal compétent, pourraient être qualifiés de crimes de génocide ». Il ajoute que « d’autres éléments indiqueraient au contraire qu’il n’y a pas eu de génocide ». Il demande donc « une enquête judiciaire complète » pour trancher la question. Elle n’a jamais eu lieu.

Patrick de Saint-Exupéry le dit à plusieurs reprises, pour lui ce rapport est “biaisé”, il raconterait “une guerre avec le vocabulaire de l’extermination”. L’auteur a le mérite de se rendre dans des villages très difficiles d’accès comme Walikale, dans le Nord-Kivu. Mais une fois arrivé à Walikale, il ne cite que deux témoins. Ces derniers n’ont pas du tout le souvenir des massacres décrits dans le rapport Mapping. L’un des deux témoins est “le père Damien”, l’autre “je ne sais plus son prénom”. Peut-on mettre dans la balance les quelques témoignages qu’il a recueillis dans une dizaine de localités congolaises, et les 1 280 témoins du rapport Mapping des 20 enquêteurs onusiens ?

Le livre fait plus de 300 pages. Pourtant, à aucun moment il ne rappelle que les massacres dans l’est du Congo commis par les forces rwandaises (et ougandaises) ont continué pendant des années après la courte période, post-génocide des Tutsis, sur laquelle il s’est focalisé. Notamment pendant la Deuxième Guerre du Congo (1998-2003). Un autre passage laisse dubitatif : lorsque Patrick de Saint-Exupéry semble défendre le gouvernement actuel à Kigali, où Paul Kagame est au pouvoir depuis plus d’un quart de siècle. Un régime autoritaire régulièrement fustigé par l’ONU. En arrivant à l’aéroport de Kigali, le reporter demande avec ironie à une Occidentale qui attend sa valise s’il est bien en Corée du Nord. Elle rit. Il pose ensuite la question à un Rwandais. L’homme répond qu’il ne connaît pas ce pays-là. Ces deux questions, à deux badauds, suffisent à rassurer l’auteur sur la situation des droits de l’Homme au Rwanda.

Cela n’empêche pas l’ouvrage d’être un reportage absorbant à travers la RD Congo, en bus, à moto, ou à bord d’un vieux bateau sur l’immense fleuve Congo. En refermant ce livre, on devrait penser, comme son auteur, « qu’il n’y a pas eu un deuxième génocide contre les Hutus au Congo ». Fallait-il pour autant rejeter en bloc le rapport Mapping tant défendu, entre autres, par le prix Nobel de la paix Denis Mukwege ?

Crimes du fpr : l’ONU et le tpir le savaient (judi rever)

 3 déc. 2020: Des documents “Top Secret” du Tribunal pénal international pour Le Rwanda, enfin disponibles, vont obliger tout homme ou toute femme politiques honnêtes à revoir l’histoire officielle de la tragédie rwandaise.

Judi Rever, grande journaliste et autrice de L’éloge du sang, Les crimes du Front patriotique Rwandais (Max Milo) maintenant disponible en édition française, venait de rendre public ces documents accablants pour le TPIR, l’ONU, les États-Unis, la France, La Belgique, le Canada et tous les autres pays qui, depuis le début des années 1990, appuient sans broncher le Front patriotique rwandais et son dirigeant Paul Kagame qui dirigent ce pays depuis plus de 25 ans.

Dans cette entrevue et dans son livre, Judi Rever révèle que depuis au moins 1997, le TPIR et l’ONU étaient en possession d’informations et de témoignages qui incriminent sans détour Paul Kagame et le FPR pour l’attentat du 6 Avril 1994 contre l’avions présidentiel rwandais, pour des massacres massifs d’hommes, de femmes et d’enfants hutus, avant le 6 avril 1994 et après. Pire encore, l’ONU et le TPIR ont caché ces informations et témoignages à tous, sauf … à l’État Rwandais et à ses dirigeants, qui ont pu ainsi agir pour faire éliminer les preuves et les témoins.

 

 

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