L’axe Moscou-Alger-Bamako serait-il en train de changer la donne géopolitique dans le Sahel ?

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« La Russie et l’Algérie ont des positions très proches sur le fait que les peuples de toutes les régions peuvent et doivent décider eux-mêmes de leur sort, résoudre eux-mêmes leurs problèmes intérieurs de manière pacifique, sans violence, par le dialogue et en s’appuyant sur le droit (…) aucune ingérence extérieure n’est ici acceptable. C’est le seul moyen de résoudre les conflits en Syrie, en Libye, au Yémen et au Mali. C’est le seul moyen de libérer les populations des tragédies et des guerres, de leur offrir une chance de vivre une vie normale, calme et surtout paisible »  Dmitry Medvedev, Premier ministre russe.

Moscou et Alger partagent, sur nombre de questions d’actualité internationale, des positions similaires fondées sur le respect de la Charte de l’Onu et du principe de primauté du droit international. L’Algérie a décidé de renforcer son rapprochement avec les colonels pro-russes maliens aux commandes de ce pays du Sahel avec lequel elle partage plus de 1300 Km de frontières désertiques.

Les autorités algériennes ont secrètement lancé un processus des négociations pour nouer une alliance approfondie avec les militaires maliens. Et pour ce faire, l’Algérie a fait savoir à Bamako qu’elle est même disposée à financer une partie de l’accord de sécurité que les militaires maliens veulent conclure avec les militaires russes des sociétés de sécurité. Rappelons que le soi-disant « groupe Wagner » est un scénario médiatique occidental. Mais les firmes de sécurité russes existent. Comme en Centrafrique. Et elles arrivent au Mali.

Cette information nous a été effectivement confirmée par au moins trois sources proches de l’institution militaire algérienne et du ministère algérien des Affaires Etrangères. Des pourparlers ont été lancés officieusement depuis le mois de septembre passé pour proposer aux militaires maliens une participation algérienne au financement de l’accord avec une société de sécurité russe. Selon nos sources, l’Algérie a fait savoir aux militaires algériens qu’elle est prête à financer  50 % jusqu’à 70 % de cet accord qui permettra aux militaires maliens de déployer sur le territoire des militaires et paramilitaires russes capables de former et d’équiper la modeste armée malienne en guerre contre plusieurs groupes islamistes qui sévissent dans les vastes régions du nord du pays.

Il faut savoir que depuis le 13 septembre dernier, le rapprochement des militaires maliens avec la Russie est devenu  un secret de polichinelle.

Diverses sources sécuritaires maliennes ont confirmé ces informations à la presse internationale en indiquant que les conseillers russes seraient chargés de former les Forces armées maliennes (FAMa) et d’assurer la protection de certains hauts dirigeants maliens, mission qu’effectue déjà le groupe russe Sewa Sécurité en Centrafrique.

Nos sources certifient, pour leur part, que l’Algérie n’est guère hostile à un déploiement d’une force paramilitaire russe au Mali. Au contraire, Alger se réjouit de cette perspective et elle avait depuis le mois de septembre dernier envoyé des signaux positifs à Moscou pour l’encourager dans ce projet d’implantation au Mali. Mieux encore, le haut commandement militaire algérien a dépêché au mois de septembre dernier des émissaires à Moscou pour assurer au partenaire russe un soutien logistique important si une nouvelle base militaire russe est officieusement installée sur le territoire malien.

l’Algérie veut à tout prix privilégier un partenariat stratégique avec la Russie pour supplanter la présence militaire française au nord du pays.

Les militaires algériens sont partisans d’une influence plus accrue de la Russie au Sahel pour contrebalancer la présence française qui n’est plus appréciée par Alger en raison de plusieurs différends majeurs sur la politique qu’il faut mener au Mali pour ramener la stabilité.

Il est à souligner, par ailleurs, qu’Alger a décidé de miser essentiellement sur les jeunes colonels pro-russes de Bamako pour nouer une solide alliance dans la région. Et pour marquer ce soutien, la diplomatie algérienne a été particulièrement active à Bamako. Ramtane Lamamra, chef de la diplomatie algérienne, s’est rendu à plusieurs reprises à Bamako depuis son retour aux affaires au début du mois de juillet dernier. Lamamra a beaucoup œuvré pour gagner la confiance du  colonel Assimi Goïta, président de la transition, et son Premier ministre de la transition, Choguel Kokalla Maïga. D’ailleurs, nos sources ont confirmé que les autorités algériennes « travaillent sur l’organisation d’une visite officielle du colonel Assimi Goita à Alger pour sceller définitivement cette alliance avec le nouveau maître de Bamako ».

Il faut savoir que l’Algérie soutient le Mali depuis un certain moment, notamment dans la partie septentrionale, en lui fournissant quelques matériels et du carburant. Mais ce financement ne sera jamais très important. Mais Alger veut porter ce financement à un niveau plus élevé en jouant l’intermédiaire entre Moscou et Bamako pour mettre en place un nouveau lobby régional qui va changer radicalement les rapports de force dans le Sahel. Un lobby constitué du triangle Alger-Moscou-Bamako qui veut libérer la région de l’emprise de Paris et de l’Europe. La constitution de ce nouveau lobby est l’une des sources de tensions entre Alger et Paris.

Wema Info avec Luc Michel Géopoliticien

 

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